|
|
![]() |
|
Histoire et patrimoine |
|
|
|
Le nom de Binic proviendrait du préfixe celtique Pen qui signifie tête, auquel est accolé le nom du cours d'eau local, Ic, qui serait lui-même le terme générique de l'eau en vieux celtique. Binic, autrefois Benic, signifie donc embouchure de l'Ic.
|
|
 |
La vallée de l'Ic, dans sa partie inférieure, fut occupée au moins dès l'âge néolithique (approximativement de 3500 à 1800 avant J.C), comme l'attestent plusieurs monuments mégalithiques tels que le menhir appelé Chaise de Saint-Gilles, à la limite de Binic et de Lantic, ou le dolmen La table de Margot qui se dressait sur la falaise et qui aurait été débité en 1816 pour servir aux travaux du port.
Ce dolmen se trouvait au centre du Camp des Bernains, lequel est probablement un oppidum dressé par les Celtes à l'âge du fer, comme l'atteste la récente découverte de plusieurs rouelles gauloises. Ce camp de forme triangulaire occupe de façon stratégique le sommet de la falaise, à 80 mètres d'altitude. Les vestiges sont constitués de quelque six cents mètres de murets de pierres sèches, avec sept tours arasées, dont l'une, appelée Tour de César, aurait servi autrefois de fanal au port de Binic. Ce camp gaulois fut occupé par les Romains, d'où son nom Camp romain ou Camp de César; d'où également la découverte de pièces de monnaie et de médailles, notamment au siècle dernier. A ce camp des Bernains, commandant l'embouchure de l'Ic, correspondent deux autres camps qui se font face en amont : l'un au Rocher-Collet, en Lantic, et l'autre à la Ville-Oria en Trégomeur.
Au pied des Bernains, sur l'actuelle plage de la Banche, furent encore découverts, au début du XIXème siècle, les vestiges d'une construction en maçonnerie : un établissement de bains gallo-romain avec conduits d'eau et hypocauste. On y trouva plus de deux cents pièces de bronze aux effigies d'empereurs romains du IIIème siècle.
A la fin du Moyen Age, la ville de Benic n'était encore qu'un village de pêcheurs constitué d'une vingtaine de maisons sous la protection de la vieille chapelle de M.Saint-Julien et dépendant de la paroisse d'Etables. L'activité portuaire et commerciale, liée à l'armement d'un grand nombre de vaisseaux, était toutefois croissante. Un marché et deux foires y furent institués à la fin du XVIème siècle et deux autres foires annuelles au début du XVIIème, notamment la fameuse foire des matelots, le troisième lundi d'avril, qui permettait aux marins de s'approvisionner pour la terre-neuvaison. Ces assemblées commerciales étaient considérables, drainant les commerçants, les artisans, les marchands de produits fermiers, les ménagères des villages avoisinants et de l'arrière-pays. On imagine aisément la cohue autour des halles nouvellement construites le long des quais d'embarquement et sur le pont enjambant la rivière (un pont est en effet signalé en 1419).
|
|
 |
Des celliers, des chantiers navals, des forges, des baraques de menuisiers et de calfats s'abritaient au pied de la falaise (actuel quai Jean-Bart) ou au bord du marécage où venaient relâcher, dans ces creux de vase appelés souilles, des vaisseaux de faible tonnage. Au milieu du XVIème siècle, on compte cinq navires de Binic pratiquant régulièrement le cabotage avec la Zélande, l'Angleterre et l'Espagne. A cette époque, et depuis fort longtemps, existaient une pêcherie et une sécherie du côté de la pointe de Rognouse.
Les vieilles demeures sont relativement rares à Binic, ceci étant dû au modernisme qui a sans cesse animé les habitants. Citons néanmoins le manoir de la Tourelle, datant du XVIème siècle, qui a remplacé une plus ancienne demeure où, dit-on, le connétable Du Guesclin aurait logé lors d'un de ses combats avec les Anglais. Citons également, dans la rue Wilson, l'ancienne auberge du Cheval Blanc, datant du VIIème siècle, et deux maisons du XVIIIème siècle, dont l'une aux numéros 6-8 porte une plaque commémorant la visite du duc de Penthièvre, grand amiral de France, en septembre 1747. Du XVIIIème siècle également, les belles maisons d'armateurs sur le quai Jean-Bart.
|
|
Au XVème siècle et peut-être plus tôt, la chapelle Saint-Julien de Binic accueillait les audiences de la juridiction de Kerjolly, suivant en cela une vieille coutume du Moyen Age. A partir de 1632 et jusqu'à la Révolution, Binic fut également le siège de l'importante juridiction de la seigneurie de la Roche-Suhart. Les audiences du tribunal se faisaient alors dans un auditoire que jouxtait une prison.
Pendant la Révolution de 1789, Binic compta parmi les meilleurs ports d'embarquement des prêtres réfractaires à la Constitution civile du clergé. Ils émigraient à Jersey ou en Angleterre ; un négociant leur fournissait même gratuitement barques et vivres. A la même époque, plusieurs armateurs binicais devenaient pour un temps corsaires et participaient à la guerre de course contre l'Angleterre.
|
|
 |
Dès avant la Révolution, les habitants de Binic manifestaient un vif désir d'indépendance par rapport à la paroisse-mère d'Etables. Il leur fallut cependant attendre une trentaine d'années pour voir leur voeu se concrétiser. D'abord paroisse annexe, puis succursale, Binic devenait enfin commune à part entière par ordonnance royale du 22 août 1821, avec comme premier maire François Le Saulnier de Saint-Jouan, armateur binicais et cousin du corsaire Surcouf. Il avait obtenu l'appui de la duchesse d'Angoulême, fille de Louis XVI. La nouvelle commune comptait alors 1611 habitants. Les tractations se poursuivirent jusqu'en 1840 avec les communes voisines, Etables et Pordic, pour leur arracher des villages ou des marais et donner à Binic ses limites territoriales actuelles. On compte 30 maires de 1821 à 2006.
Ayant été un des tout premiers ports de la pêche à la morue à Terre-Neuve, au moins à la charnière des XVème et XVIème siècles (La Catherine de Binic est signalée à Terre-Neuve en 1523), Binic continua cette activité jusqu'aux alentours de 1920. L'apogée fut atteinte au XIXème siècle, Binic devenant même en 1845 le premier port français de grande pêche, avec 37 navires. Le port recevait annuellement de150 à 160 bâtiments. L'activité se partageait alors entre la pêche à Terre-Neuve et le cabotage (importation de sel, de vin, de bois du Nord, de sable coquillier que venaient prendre environ 20000 charettes par an, et exportation de graines, farines et légumes). 5 à 600 ouvriers travaillaient au port à l'armement des terreneuviers sur lesquels embarquaient chaque année 1800 hommes. Détail significatif, en 1850, Binic comptait 37 débits de boisson !
Le recrutement pour Terre-Neuve se faisait dès novembre : les hommes recevaient une avance appelée "denier à Dieu". Après la bénédiction des navires et la revue d'armement, l'appareillage des bricks et des trois-mâts, montés par des équipages de 25 à 75 hommes, avait lieu de la fin février aux premiers jours de mai. La traversée durait de 20 jours à un mois ou davantage. La campagne durait six mois. La pêche à Terre-Neuve se pratiquait soit à bord de chaloupes et à l'aide de sennes, soit avec les fameux doris que les hommes, deux par deux, amenaient à l'aviron vers les lieux de pêche où ils devaient tendre leurs lignes, dans la brume et le froid bien souvent. A terre, les novices, certains âgés de 12 ans, avaient pour tâche de faire sécher la morue sur la grave ou grève de galets. L'expression bénicasser ou bénigaser fut longtemps en usage chez les terre-neuvas. Toutefois, on ne sait plus s'il s'agissait d'une méthode spéciale de conservation ou d'une concertation entre les capitaines...
|
|
 |
Dans la seconde moitié du XIXème siècle, Binic envoya en Islande un grand nombre de goélettes, dont certaines étaient d'ailleurs construites dans les chantiers binicais. Ces navires, aussi élégants que rapides, mesuraient de 30 à 35 mètres de longueur, l'équipage comptait en moyenne 26 hommes. L'appareillage avait lieu en février, après le traditionnel pardon. La traversée ne prenait que 8 à 10 jours. Le retour d'Islande se faisait en août. Là-bas, on pêchait la morue du bord même de la goélette : les hommes, postés le long de la lisse, passaient en moyenne six heures consécutives à filer les lignes et à les relever. Binic comptait 12 goélettes islandaises en 1865, 18 en 1895 et seulement 5 en 1913. Le produit de la pêche, tant à Terre-Neuve qu'en Islande, était vendu généralement dans les grands ports : Marseille, Bordeaux, La Rochelle, Nantes. Vers la fin du XIXème siècle, certains armateurs se mirent à traiter eux-mêmes leur pêche : la morue en caisse.
La pêche morutière à voiles périclita aux alentours de la Guerre 1914-1918, pour plusieurs raisons : la concurrence des chalutiers à vapeur, la hausse des coûts d'armement, l'usure rapide des navires, les réglementations, sans oublier les fréquents et meurtriers sinistres. Après une longue période de cabotage avec la Grande-Bretagne et les îles Anglo-Normandes (importation de sel et de bois du Nord, exportation de céréales, de primeurs et de volailles), le port de Binic retrouvait une bonne activité à partir des années soixante. D'abord avec le dragage de la coquille Saint-Jacques en baie de Saint-Brieuc, puis de façon plus constante avec le développement de la plaisance. En effet, Binic a su jouer la carte touristique pour devenir, grâce à ses sites pittoresques et à ses aménagements, une station balnéaire renommée, Le grain de beauté des Côtes d'Armor.
Christian QUERRé © 2006
|
|
|
:: Pour plus d’informations sur l’histoire locale, lire du même auteur : |
|
- « Binic, port du Goëlo » (285 p), éd. du Dahin, Binic, 1987. - « La grande aventure des terre-neuvas de la baie de Saint-Brieuc » (381 p), éd. du Dahin, 1998. - « Souvenirs de Binic, 1900 – 1960 » (250 p, plus de 500 cartes postales et documents divers), en collaboration avec Philippe LERIBAUX, éd. du Dahin, 2004.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
![]() |
|
|
|